Emissions Analytics critique la politique européenne des VE
L'étude plaide pour une approche technologiquement neutre de la réduction du CO2
La stratégie européenne visant à décarboner les transports par une électrification rapide est de plus en plus contestée. Dans une analyse remarquée, Emissions Analytics estime que la politique actuelle pèse lourdement sur l'économie et aurait même conduit, selon ses propres calculs, à une augmentation des émissions mondiales de CO2. Le bureau d'études britannique indépendant appelle dès lors à une révision en profondeur de la stratégie climatique européenne.

Une critique de l'approche européenne
Selon Emissions Analytics, l'Europe part du principe que pratiquement tous les secteurs doivent être électrifiés le plus rapidement possible. Cette stratégie s'accompagne d'importants investissements publics et privés, d'une réglementation complexe et de subsides conséquents. Dans le même temps, la croissance économique et les investissements industriels resteraient insuffisants selon le bureau d'études.
Les chercheurs soulignent également que les pays européens externalisent de plus en plus leur production vers d'autres régions du monde, ce qui ne supprime pas les émissions mais les déplace. Ils mettent aussi en garde contre ce qu'ils qualifient de « destruction de la demande », lorsque l'activité économique diminue pour atteindre les objectifs climatiques.
Comparaison avec les États-Unis
Le rapport oppose cette approche européenne à celle actuellement suivie aux États-Unis. Selon Emissions Analytics, l'accent y est davantage mis sur la croissance économique, la sécurité énergétique et le maintien d'un large éventail de sources d'énergie.
La hausse de la demande énergétique liée à l'intelligence artificielle et aux centres de données joue un rôle important dans cette évolution. Même si cette stratégie peut entraîner davantage d'émissions à court terme, le bureau estime qu'une économie plus dynamique crée également les moyens nécessaires pour poursuivre la décarbonation à plus long terme.
Un regard critique sur les VE à batterie
Une partie importante de l'analyse est consacrée aux véhicules électriques à batterie. Emissions Analytics estime que les quelque deux millions de véhicules électriques à batterie actuellement en circulation au Royaume-Uni ont généré collectivement environ dix millions de tonnes supplémentaires de CO2 lors de leur fabrication et de leur acheminement par rapport à des véhicules à essence équivalents.
Selon le bureau d'études, une transition vers des véhicules hybrides aurait permis d'obtenir une réduction nette de CO2 plus importante. Les chercheurs estiment qu'une stratégie reposant massivement sur les hybrides aurait jusqu'à présent produit un résultat supérieur d'environ 4,5 millions de tonnes au scénario actuel basé sur les véhicules électriques à batterie.
Emissions Analytics affirme en outre que les pouvoirs publics britanniques et les acteurs du marché ont mobilisé ensemble quelque 40 milliards de livres sterling sous forme de remises, de subsides et d'avantages fiscaux afin d'encourager l'adoption des véhicules électriques à batterie.

Durée de vie et mix électrique
Le bureau remet également en question l'idée selon laquelle les véhicules électriques à batterie deviennent automatiquement plus durables à mesure que les réseaux électriques se décarbonent. En raison de la forte augmentation de la demande en électricité, notamment sous l'effet de l'intelligence artificielle, certaines centrales thermiques pourraient rester en activité plus longtemps que prévu initialement.
Les chercheurs attirent également l'attention sur le risque d'obsolescence technologique. Selon eux, ce ne sont pas tant les batteries que les logiciels et l'électronique qui pourraient limiter la durée de vie économique de certains véhicules électriques. Si ces véhicules étaient mis hors service beaucoup plus tôt qu'escompté aujourd'hui, leur avantage climatique pourrait être fortement réduit.
Les hybrides comme solution intermédiaire
Emissions Analytics souligne que les consommateurs se tournent de plus en plus vers les véhicules hybrides lorsque les subsides sont exclus de l'équation. Selon le bureau, ces véhicules offrent actuellement le meilleur compromis entre efficacité, facilité d'utilisation, coût et réduction des émissions.
Le bureau d'études plaide dès lors pour une approche technologiquement neutre permettant à différentes technologies de coexister selon les usages et les profils d'utilisation.
L'énergie nucléaire comme alternative européenne
Pour le secteur énergétique, Emissions Analytics voit un rôle important pour l'énergie nucléaire. Le bureau fait explicitement référence à un modèle « à la française », fondé sur le déploiement à grande échelle de réacteurs nucléaires classiques et de petits réacteurs modulaires.
Selon les chercheurs, l'énergie nucléaire peut contribuer à une production d'électricité stable et faiblement carbonée sans compromettre la sécurité d'approvisionnement ni la compétitivité industrielle. Cela supposerait toutefois une simplification significative des procédures d'autorisation et des réglementations.

Un débat fondamental
L'analyse d'Emissions Analytics va à l'encontre de nombreuses orientations actuelles des politiques européennes et alimentera sans doute le débat au sein des secteurs automobile et énergétique. Son message central est néanmoins clair: selon le bureau d'études, une focalisation exclusive sur les véhicules électriques à batterie ne permettra pas d'atteindre les objectifs climatiques de manière économiquement soutenable. Une combinaison de technologies, comprenant notamment les hybrides, les carburants alternatifs et les modes de production d'électricité à faibles émissions de carbone, mérite selon les chercheurs d'occuper une place centrale dans les débats à venir.