La protection anti-encastrement des poids lourds en cause
Euro NCAP réclame des normes européennes plus strictes
Les dispositifs anti-encastrement arrière équipant actuellement les poids lourds et les remorques ne protègent pas suffisamment les occupants des voitures en cas de collision par l'arrière. C'est la conclusion d'une vaste campagne d'essais menée par Euro NCAP, en collaboration avec l'ADAC, Trafikverket et l'Insurance Institute for Highway Safety (IIHS) aux États-Unis. Selon l'organisme, près de 400 décès par an en Europe et au Royaume-Uni peuvent être liés à ce type d'accident. Euro NCAP demande dès lors une révision approfondie de la réglementation européenne.
Deux défaillances majeures
Cette campagne d'essais a été lancée à la suite d'une analyse des accidents réalisée par National Highways au Royaume-Uni. Les chercheurs se sont intéressés aux accidents d'encastrement sous l'arrière d'un poids lourd ou d'une remorque. Les essais ont mis en évidence deux défaillances importantes.
D'une part, certains systèmes avancés d'aide à la conduite (ADAS) de générations plus anciennes ne détectent pas toujours correctement les poids lourds et les remorques immobilisés, empêchant le déclenchement du freinage automatique d'urgence. D'autre part, les dispositifs anti-encastrement arrière (Rear Underrun Protection System ou RUPS) montés sur de nombreuses remorques européennes ne résistent pas suffisamment pour empêcher une voiture de passer sous la remorque lors d'un impact.
La norme européenne montre ses limites
Euro NCAP et ses partenaires ont réalisé des essais de collision en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Une voiture particulière ayant obtenu cinq étoiles Euro NCAP, dont les systèmes d'aide à la conduite avaient été désactivés, a été projetée contre différentes remorques.
Lors d'un essai contre une remorque Schmitz Cargobull conforme à la norme européenne actuelle UN ECE R58.03, la remorque a pénétré profondément dans l'habitacle. Le mannequin d'essai a subi des blessures mortelles à la tête et au cou. Un second essai, réalisé avec une remorque Krone, a conduit à un résultat comparable après la rupture du dispositif anti-encastrement arrière et l'écrasement de la cellule de survie du véhicule. Selon Euro NCAP, ces deux essais démontrent que la réglementation européenne actuelle n'assure pas une protection suffisante.
Une solution éprouvée existe déjà
Euro NCAP souligne qu'une solution efficace est déjà disponible. Lors d'un essai identique réalisé avec une remorque répondant à la norme volontaire américaine IIHS TOUGHGUARD, le dispositif anti-encastrement arrière est resté intact. La zone de déformation de la voiture a ainsi pu absorber l'énergie du choc comme prévu, assurant une protection nettement supérieure des occupants. Aujourd'hui, environ 70% des nouvelles remorques circulant aux États-Unis sont équipées d'un tel dispositif.
"Les graves insuffisances des dispositifs anti-encastrement arrière équipant les centaines de milliers de poids lourds et de remorques circulant en Europe et au Royaume-Uni sont extrêmement préoccupantes. Nous avons consacré des décennies à améliorer la sécurité des voitures particulières, mais cette protection devient largement inefficace lorsqu'un véhicule s'encastre sous une remorque. Une telle situation est inacceptable", déclare Matthew Avery, directeur du développement stratégique d'Euro NCAP.
"La réglementation européenne doit donc être revue de toute urgence. La bonne nouvelle est qu'une solution existe déjà. La norme volontaire américaine IIHS TOUGHGUARD démontre qu'une protection anti-encastrement arrière beaucoup plus performante est parfaitement réalisable. Plus rapidement les poids lourds et les remorques en seront équipés, plus de vies pourront être sauvées."
