Le marché de l’occasion, clé de la décarbonisation du parc
Une étude de l’ACEA souligne le rôle des véhicules d’occasion
Le marché européen des véhicules légers d’occasion constitue un levier central, mais encore largement sous-estimé, de la transition vers un parc automobile à faibles émissions. C’est la principale conclusion d’une étude approfondie menée par Quantalyse et STH-Consulting pour le compte de l’European Automobile Manufacturers’ Association (ACEA).

Une focalisation excessive sur les véhicules neufs
Les politiques européennes actuelles privilégient principalement l’arrivée de véhicules neufs par le biais de normes CO2 et d’incitations à l’achat. Or, selon l’étude, environ 12 millions de nouveaux véhicules légers entrent chaque année dans un parc existant de près de 280 millions d’unités. Les instruments centrés sur l’inflow ne concernent donc qu’une fraction limitée du système global.
L’importance stratégique de la sortie du parc
Les auteurs démontrent que le rythme de décarbonisation dépend avant tout de la vitesse à laquelle les véhicules quittent le parc. Les véhicules anciens à moteur thermique émettent, en conditions réelles, en moyenne 1,5 à 2 fois plus de CO2 par kilomètre que les modèles récents. Leur retrait anticipé génère donc un effet climatique immédiat et significatif.
Supprimer un véhicule très émetteur en fin de vie peut produire un impact équivalent à l’introduction de plusieurs véhicules à faibles émissions. Cette logique de levier reste aujourd’hui insuffisamment intégrée dans les politiques publiques.
Le rôle central du marché de l’occasion
Le marché de l’occasion est également crucial pour diffuser les technologies à faibles émissions, notamment les véhicules électriques à batterie, auprès d’un public plus large. Chaque revente constitue un nouveau point de décision, susceptible de favoriser l’adoption de technologies plus propres.
Par ailleurs, la stabilité du marché de l’occasion conditionne les valeurs résiduelles, lesquelles influencent directement les coûts totaux de possession, les loyers de leasing et la confiance des investisseurs dans le marché du neuf.
Vers une approche politique systémique
L’étude plaide pour une approche politique intégrée, qui considère conjointement l’inflow, la revente et l’outflow des véhicules. Des mesures ciblées en faveur du renouvellement du parc, de la stabilité des valeurs résiduelles et du développement du marché de l’occasion des véhicules électriques sont jugées indispensables.
Sans cette vision systémique, la décarbonisation du parc européen restera structurellement limitée, même en présence d’objectifs ambitieux pour les ventes de véhicules neufs.
