L'énergie est une technologie, pas une idéologie politique
Chronique - Ferre Beyens, analyste/journaliste automobile

Lors du dernier Forum économique mondial à Davos, plusieurs responsables politiques et journalistes, longtemps convaincus par les ambitions climatiques internationales, ont été confrontés à un discours bien plus nuancé sur la faisabilité des objectifs climatiques mondiaux. Ironiquement, c’est Mark Carney - ancien défenseur convaincu des objectifs de neutralité carbone - qui a déclaré lors du rassemblement annuel du Forum économique mondial (WEF) qu’une politique climatique collective, où la rhétorique et la réalité ne peuvent être remises en question, semblait difficilement applicable dans la pratique. Cette prise de position a relancé le débat sur l’efficacité des politiques climatiques internationales mises en place depuis le protocole de Kyoto et sur les limites des stratégies actuelles de réduction des émissions de CO2.
"Une politique énergétique guidée par des modèles contestés a fragilisé notre approvisionnement électrique"
En effet, le groupe interpolitique sur le climat a avoué que les scénarios de catastrophe qu'il avait calculés pouvaient désormais être considérés comme "improbables". Selon les critiques les plus sévères du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), certains modèles climatiques ont longtemps alimenté des scénarios catastrophistes qui se sont ensuite révélés largement contestés ou exagérés. À leurs yeux, ces projections ont néanmoins servi de fondement à des politiques visant la neutralité carbone, avec des conséquences économiques et énergétiques aujourd’hui de plus en plus débattues. Ils estiment que cette orientation politique a contribué à fragiliser l’approvisionnement énergétique, à augmenter fortement les coûts de l’énergie et à accélérer le recul industriel dans plusieurs pays européens.
Pendant des années, des modèles climatiques contestés ont servi de boussole politique quasi incontestable. Soutenu par une large partie du monde académique, le GIEC a contribué à installer un discours où toute remise en question semblait presque impossible. Sur cette base, des choix technologiques majeurs - électrification forcée du parc automobile, dépendance accrue au solaire et à l’éolien - ont été promus comme des solutions incontournables, malgré les doutes persistants sur leur coût, leur efficacité et leurs conséquences pour la sécurité énergétique.
Les aveux du GIEC du 1er avril n’ont pas suscité le même emballement médiatique que les scénarios catastrophistes précédents. Du moins, pas dans les grands médias, souvent accusés par leurs détracteurs d’alimenter un discours fortement marqué par l’alarmisme climatique. Cette réserve n’a rien d’étonnant selon les critiques du système actuel. Les scientifiques du GIEC ont en effet indiqué que certains scénarios utilisés dans les rapports climatiques 2013-2014 (AR5) et 2021-2023 (AR6), évoquant des hausses de température pouvant atteindre 5 °C d’ici 2100, devaient être considérés comme peu plausibles. Ces scénarios reposaient notamment sur l’hypothèse d’un triplement des émissions ou concentrations de CO2 avant la fin du siècle. Comme les modèles climatiques du GIEC accordent traditionnellement une place centrale au CO2 comme principal facteur explicatif du réchauffement, certaines projections évoquaient encore en 2023 une hausse potentielle des températures mondiales pouvant atteindre 5,7 °C d’ici 2100 dans les scénarios les plus extrêmes.
Ce que le GIEC a trop longtemps vendu comme scientifiquement irréfutable a finalement été qualifié d'invraisemblable dans le dernier rapport. Malheureusement, cela signifie aussi que ces modèles erronés ont été utilisés à mauvais escient dans le discours politique pour imposer des taxes sur le CO2, des objectifs zéro CO2 ou, disons, l'interdiction des moteurs à combustion interne. Ou comment le gouvernement s'est accroché à des données scientifiquement réfutables pour décréter des interdictions et des taxes, instiller la peur et légitimer des interventions politiques.
L'alarmisme climatique n'est pas une futilité, les problèmes environnementaux liés à la pollution de l'air, de l'eau et du sol ne doivent certainement pas être ignorés. Cela ne signifie toutefois pas que le GIEC avait le droit d'imposer une politique climatique collective dont l’efficacité est aujourd’hui remise en question, y compris par certains anciens défenseurs convaincus de la neutralité carbone comme Mark Carney. Ce qui frappe surtout, selon les critiques, c’est l’absence de véritable remise en question politique malgré les nuances récemment apportées autour de certains scénarios climatiques. Le climat semble être devenu, pour beaucoup, bien plus qu’un enjeu environnemental: un instrument de régulation économique et d’orientation des comportements. Pendant ce temps, l’Europe poursuit sa transition avec une détermination que certains jugent déconnectée des réalités industrielles et énergétiques. Les conséquences évoquées sont lourdes: tensions sur l’approvisionnement électrique, pertes d’emplois, inquiétudes croissantes dans l’industrie et déplacement des investissements ainsi que des talents vers d’autres régions du monde.
Pour ses détracteurs, il ne s’agit plus d’une simple mise en garde théorique, mais bien d’une réalité économique tangible. À leurs yeux, alors que le récit de l’apocalypse climatique perd progressivement de sa force, la politique climatique européenne continue malgré tout d’éroder la prospérité industrielle du continent. L’Allemagne est régulièrement citée comme exemple emblématique de cette évolution. Le secteur automobile allemand, longtemps considéré comme l’un des piliers de la puissance industrielle européenne, traverse une période particulièrement difficile. Sur plus de 800.000 emplois autrefois actifs dans l’industrie automobile, environ 700.000 subsisteraient encore aujourd’hui, tandis que des dizaines de milliers d’emplois supplémentaires restent menacés à relativement court terme. Les constructeurs automobiles dénoncent notamment le coût élevé de l’énergie, la pression réglementaire croissante, une bureaucratie jugée étouffante ainsi qu’une fiscalité toujours plus lourde. Selon eux, ces facteurs compliquent fortement les investissements industriels et fragilisent la compétitivité européenne face aux autres grandes régions du monde.
En Allemagne - et malheureusement aussi dans notre pays - il ne s’agit plus, selon certains observateurs, d’une crise économique conjoncturelle classique. C’est toute une époque de prospérité industrielle qui semble vaciller. Les critiques pointent du doigt des politiques climatiques ayant conduit à des coûts énergétiques devenus difficilement soutenables, à des tensions croissantes sur l’approvisionnement électrique et à une perte de compétitivité industrielle. À leurs yeux, ces difficultés sont les conséquences d’une stratégie de réduction des émissions de CO2 menée sans prise en compte suffisante des réalités techniques et industrielles. "L’énergie n’est pas une idéologie, mais avant tout une technologie", résument-ils souvent. Dans cette vision, seule une approche fondée sur des considérations scientifiques et techniques permettrait de garantir une transition énergétique crédible. Beaucoup estiment dès lors qu’une décarbonation stable du réseau électrique européen reste difficilement envisageable sans un développement massif de l’énergie nucléaire bas carbone.




